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Les Emeutes de la faim
Par Lucie Duban
30 Avril 2008


La communauté internationale s’alarme des émeutes de la faim qui secouent plusieurs villes de pays émergents depuis ces derniers jours. 37 pays au total sont concernés. Le phénomène a débuté au Pakistan puis s’est rapidement propagé à d’autres états tels que le Mexique, l’Egypte, la Mauritanie ou encore dernièrement la Corée du Nord sévèrement touchée selon les représentants officiels qui déplorent déjà 6,5 millions de Coréens concernés par la faim. Des images de violente tension entre des manifestants Haïtiens et la police mettent en exergue le ras-le-bol et la colère des populations n’ayant plus les moyens de se nourrir tant la flambée des prix des denrées alimentaires a atteint des proportions démesurées. La situation est sans précédent selon le Conseil des Nations Unies, qui note à juste titre le caractère absolument nouveau de la situation: la nourriture, autrefois indisponible sur les marchés des pays émergents, l’est aujourd’hui mais à des prix astronomiques. Il leur faudrait vendre leur propriété pour acheter du riz. Selon le FIDA, Fond International du Développement Alimentaire, « pour chaque augmentation de 1% du prix des denrées de base,

16 millions de personnes supplémentaires sont plongées dans l’insécurité alimentaire ». Si l’on suit ces pronostics, d’ici à 2025, 1,2 Milliard d’êtres humains pourraient avoir faim de façon chronique , soit 16 millions de personnes de plus que les précédentes anticipations.

Les Biocarburants, sujets de discorde.

Le spectre des grandes famines, comme l’aura noté notre ancien Président de la République Française Jacques Chirac, qui s’ajoute à la crise financière est à craindre pour les populations des pays émergents, mais également pour les classes défavorisées des pays dits riches. Car cela n’est pas cyclique ou passager mais bien structurel. Loin du discours apocalyptique, on peut très légitimement craindre une paupérisation des classes défavorisées en milieu urbain des pays dits développés dans les années à venir. L’économie est donc concernée par ce phénomène dans sa globalité.
 Mais quel en est le principal facteur ?
L’ensemble des critiques pointent en direction des

politiques de subventions gouvernementales accordées aux pays Occidentaux afin d’inciter à la culture de biocarburants. En effet, afin de s’acquitter des mesures requises par les accords issus du Protocole de Kyoto et en vue d’une protection environnementale, de plus en plus de budgets sont débloqués pour cultiver ces biocarburants, qui serviront par la suite à alimenter des véhicules « propres ». débloqués pour cultiver ces biocarburants, qui serviront par la suite à alimenter des véhicules « propres ». Plus concrètement, imaginons que sur 10 parcelles cultivables, 7 serviront à produire des cultures céréalières destinées à la fabrication de ces biocarburants, et 3 serviront à la production de céréales pour l’alimentation. Le mécanisme économique qui s’opère ici est somme toute assez banal : puisque la majorité des cultures céréalières sont destinées à un autre marché que celui de l’alimentaire, les réserves en maïs par exemple vont diminuer. Or si une denrée diminue, cela implique que sa valeur augmente du fait de sa seule raréfaction. Sa valeur en hausse, son prix réel s’en retrouve augmenté.
Mais ce n’est pas le seul facteur qui est en jeu.

L’affolement du cours du pétrole se répercute aussi sur les coûts de production puisque tout agriculteur se doit d’utiliser du gasoil pour alimenter son équipement de production agricole. Enfin, l’augmentation de la population mondiale fait proportionnellement diminuer le stock alimentaire global. Aussi cette population croissante se nourri mieux car ses revenus augmentent. L’Inde, la Chine ou encore le Brésil voient leur population croître mais aussi mieux se nourrir. D’autant plus qu’au Brésil, la viande y est consommée en abondance ce qui implique un besoin plus important de graines pour le bétail, donc encore des cultures céréalières qui ne sont pas sur le marché alimentaire. L’ensemble de ces facteurs ainsi que la pénurie des ressources et les catastrophes naturelles sous-tendent des marchés déjà extrêmement fébriles à cause de la crise financière provoquée par les sub-primes qui se prolonge maintenant depuis la fin de 2007. Cette nervosité économique ne fait que mettre l’accent sur une politique d’abandon de l’agriculture dans des pays dits vivriers.
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